5 - Le fossé avec les Blacks peut-il vraiment être comblé ?
Les années passent, et si à la faveur d'exploits français isolés, qui coïncident avec des contextes et des paramètres favorables, le XV de France peut donner l'impression de réduire l'écart, qui sépare encore les deux nations..., n'est-ce pas en fait un trompe-l'oeil car si les Bleus progressent, les Blacks ne sont pas en reste. "Le jeu black reste le jeu black depuis des décennies, nous, on a une marge de progression, on est capable d'avoir notre jeu, qui n'est pas celui des Blacks, même s'il peut y avoir des ressemblances, mais qui peut être dur, de permettre de mettre ce doute cher l'adversaire, psychologiquement aussi. C'est comme ça qu'on est parvenu à les battre. Sur le potentiel pur, ils étaient meilleurs que nous, leur marge de progression est peut-être moins importante que la nôtre. Mais ce n'est pas seulement une comparaison de potentiels, il y a aussi de l'application, ce travail à mettre en place pour qu'on soit sûrs de nos temps forts et pour mieux gérer nos temps faibles. Eux récitent leur jeu, déroulent, mais c'est lié à l'adversaire. Quand on leur donne tous les ballons qu'on leur a donnés avec du champ, ce sont des munitions et tu ne peux pas en sortir bien..."
6 - N'est-il pas déjà trop tard pour la charnière ?
Le fossé entre Bleus et Blacks s'est exprimé à Marseille de la manière à la fois la plus évidente et la plus douloureuse au niveau des deux charnières entre d'une part un duo évoluant au sommet de son art, à l'image d'un Dan Carter exceptionnel, et d'autre part une association, où François Trinh-Duc a souffert plus qu'aucun autre Tricolore de la comparaison, certes de toute façon injuste face à une telle concurrence, mais pour malgré tout une performance très en-deçà de ce que réclame le plus haut niveau international. Pas question pourtant de tirer sur l'ambulance pour Lièvremont, qui maintient sa confiance à son joueur. "Non, on ne revient pas sur le choix du dix, comme celui de l'effectif dans sa globalité. (...) On connaît et on apprécie François par rapport à son potentiel ; lui a touché du doigt ses limites, elles sont connues. Son match contre les Samoa était intéressant, même face à une opposition moindre. Il a un potentiel, qui nous plaît, et on espère qu'il va continuer à progresser."
7 - Cette défaite pèsera-t-elle lors de la Coupe du monde 2011 ?
C'est le 24 septembre 2011 qu'All Blacks et Français croiseront de nouveau leur route à l'occasion de la phase de poules de la compétition. D'ici là, les deux équipes vont évoluer dans le souvenir de ce match, les Néo-Zélandais sans doute plus facilement que les Bleus. "Si on l'avait gagné, ça aurait évidemment permis de frapper un grand coup. Il était sans doute beaucoup plus important pour eux que pour nous, même s'il ne s'agit pas de relativiser notre contre-performance. Sur le fond, ça ne remet rien en question, c'est une belle baffe, mais dans deux ans, de l'eau aura coulé ses les ponts et j'espère que la progression des Bleus sera plus importante que celle des Blacks."
8 - Quelle approche pour le Tournoi 2010 ?
En plus de priver Lièvremont et ses joueurs d'un ascendant psychologique non négligeable sur un de leur plus sérieux rival à deux ans de la Coupe du monde, la défaite de Marseille empêchera les Bleus d'aborder le prochain Tournoi 2010 dans la peau d'un favori désigné, au même titre que l'Irlande. Néanmoins, pas question de bouleverser l'approche de cette prochaine échéance dans l'esprit du sélectionneur, qui n'a pas en tête un poste restant en chantier: "Sur le groupe, non ! On est content des hommes, il n'y a pas de bouleversement à attendre, ça ne veut pas dire non plus que les 22 sélectionnés samedi seront les mêmes, qui débuteront le Tournoi. Sur l'approche non plus. On aurait pu assumer un statut de favori, là aussi. On sait que les Anglais vont rentrer pas mal de cadres, que les Gallois ont été punis comme nous (battu par l'Australie 33-12), ceci dit, on compte bien le disputer sans complexe." Avec un épitaphe à cette tournée lâchée par Ntamack, qui a le mérite de la franchise, à défaut de rassurer, mais traduit bien l'état d'esprit ambiant. "On est capable de tout. Ça le confirme. Capable encore du meilleur et du pire. On est capable de rivaliser avec n'importe qui ; maintenant, on ne le fait pas toujours."

